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conseils pointure pour bien mesurer son pied et choisir vos chaussures de danse

il y a 11 minutes
7 min de lecture

Il y a quelques semaines, une cliente s’arrête à mon stand en festival. Elle cherche une paire de Bleyer, les mêmes que celles qu’elle porte aux pieds depuis plusieurs années, en 38. Je lui propose d’essayer la paire que j'ai en stock. Elle décline avec le sourire : « Pas la peine, j’ai les mêmes depuis des années. »

Elle repart avec ses nouvelles Bleyer en 38.

Le lendemain matin, avant son cours, elle revient. « Je crois qu’il me faut la pointure au-dessus. Hier soir, je les ai essayées en rentrant : je croyais qu’elles étaient serrées parce que j’avais beaucoup dansé. Mais ce matin, je n’ai pas encore dansé, et elles sont trop serrées. »

Elle avait raison ; sur les deux tableaux.


✦ Le pied du matin n’est pas celui du soir

Le pied n’est pas un objet rigide. Il est constitué de vingt-six os, de ligaments, de tissus mous, et il se déforme sous l’effort. Après deux heures de lindy hop ou de balboa ou de n'importe quelle danse d'ailleurs, la voûte s’abaisse, l’avant-pied s’élargit, les tissus se compriment.

Une chaussure ajustée le matin peut devenir serrée à minuit. C’est normal. C’est même pour cela qu’on conseille de se mesurer en fin de journée, debout, après avoir marché, et non au saut du lit.

Ma cliente ne s’était donc pas trompée : ses chaussures étaient bien plus serrées après la danse. Mais ses pieds, eux aussi, avaient changé depuis l’achat de ses dernières Bleyer. Cela arrive plus souvent qu’on ne le croit : l’âge, une grossesse, quelques kilos pris ou perdus, une blessure, une voûte qui se fatigue, une pathologie, une pratique plus intense… En quelques années, un pied peut gagner ou perdre en longueur ou en largeur. Et l'on ne s’en aperçoit que lorsque la chaussure le dit.


✦ Pas de tableau de tailles universel pour les chaussures de danse ?

C’est la question qu’on me pose souvent, et la réponse est simple. Non ! Car chaque fabricant travaille sur sa propre forme de fabrication, ce que les cordonniers appellent un last. Cette forme détermine le volume intérieur, la largeur utile, la hauteur du cou-de-pied, la coupe de la pointe.

Deux chaussures affichant la même pointure peuvent donc chausser de façon radicalement différente. Un 38 Bleyer ne chausse pas comme un 38 Boun’Shoes, qui ne chausse pas comme un 38 Tranky Shoes. Ce n’est pas une question de qualité, mais de forme.

Et au sein d’une même marque, un derby (lacé) ne chausse pas comme une salomé (à bride).

Publier un tableau de correspondance universel serait donc au mieux approximatif, au pire trompeur.


✦ La méthode du mur et du livre : comment s’y prend-t-on ?

Deux mesures prises sérieusement valent mieux que n’importe quel tableau. La façon de mesurer ses pieds la plus répandue se fait à la maison, avec presque rien.

La longueur : posez une feuille au sol, contre un mur. Placez le talon contre le mur, sur la feuille. Dressez un livre contre l’orteil le plus long et tracez un trait au crayon le long du livre. Le crayon doit être maintenu bien droit par rapport au livre.

Mesurez la distance entre le bord de la feuille et le trait. Faites-le en fin de journée, debout, avec vos chaussettes de danse si vous en portez. Une pointure (point de Paris) correspond à environ 6,67 mm, soit un peu plus de 3 mm pour une demi-pointure : il n’en faut pas beaucoup pour se tromper.


Fig. 1 : mesurer la longueur du pied

Schéma en vue de côté : le talon contre le mur, un livre et un crayon marquent l’orteil le plus long, et une flèche indique la longueur du pied. »

La largeur de l’avant-pied : mesurez à l’endroit le plus large du pied, à la base des orteils. C’est la mesure qu’on oublie presque toujours, et c’est pourtant elle qui fait la différence entre une chaussure confortable et une chaussure que l’on finit par ne plus mettre.


Simple, gratuite, rassurante. Mais cette méthode donne l’illusion de la précision.


✦ Pourquoi cette methode reste approximative ?

Une demi-pointure, c’est à peine plus de 3 mm. Or chaque étape de la méthode peut, à elle seule, vous en faire perdre 2 ou 3.

Le point de départ de la mesure doit être précis. Alignez bien la feuille à l’aplomb du mur, bord contre bord, puis posez le talon contre le mur sans l’écraser. Un talon que l’on plaque fortement se déforme, et la mesure varie de quelques millimètres selon la pression exercée.

Le livre n’est pas une équerre. Il suffit qu’il soit un peu incliné, ou que le crayon ne soit pas bien vertical, pour décaler le trait de quelques millimètres.

Assis ou penché, on mesure un autre pied. Assis, le pied est plus court et plus étroit. Debout, le poids du corps l’allonge et l’élargit. Et quand on se penche pour marquer, on transfère son poids, on bouge, on recule le talon sans s’en apercevoir. Se mesurer seul, c’est mesurer un pied qui bouge.

L’orteil le plus long n’est pas toujours le gros orteil. Chez beaucoup de personnes, c’est le deuxième orteil le plus long. Si vous mesurez le mauvais orteil, l’erreur peut être significative.

Vos deux pieds ne sont pas identiques. Un écart d’une demi-pointure entre les deux est très courant. Si vous n’en mesurez qu’un, vous risquez de choisir le plus petit. Mesurez les deux, et retenez le plus grand.

Une longueur n’est qu’une longueur. Même parfaitement mesurée, elle ne dit rien de la largeur de l’avant-pied, de la hauteur du cou-de-pied, ni de la forme des orteils. Deux pieds de 24,5 cm peuvent exiger deux chaussures radicalement différentes. C’est là que le last de chaque fabricant fait la différence. Et la mesure doit encore être convertie en pointure, or les échelles ne se superposent pas toujours proprement d’un pays ou d’une marque à l’autre.


Ce n’est pas que la méthode soit inutile : elle donne un ordre de grandeur, et c’est déjà beaucoup. Mais seule une mesure standardisée élimine ces écarts.


✦ Le Brannock Device

Dans le meilleur des cas, ces mesures seraient prises donc prises avec un Brannock Device, l’appareil métallique que l’on trouve encore dans certaines cordonneries et boutiques spécialisées. Inventé en 1925 par Charles Brannock, il mesure simultanément la longueur, la largeur et la longueur d’arche du pied. Et ce avec une précision et une reproductibilité qu’aucune méthode maison n’égale : talon calé contre une butée, pied en charge, rien ne bouge. Si vous en croisez un, profitez-en !


✦ 5 étapes indispensables pour bien mesurer son pied chez soi

Si vous souhaitez prendre les mesures de vos pieds, voici comment limiter les erreurs.

  1. Choisissez le bon moment. En fin de journée, quand le pied a pris son volume. C’est le bon repère pour une pratique en soirée ; pour des cours courts en journée, un peu plus tôt suffit.

  2. Préparez le terrain. Une feuille sur un sol dur et plat, contre un mur sans plinthe. À défaut, calez le talon contre un livre épais plaqué au mur. Gardez vos chaussettes de danse si vous en portez.

  3. Mettez-vous debout, et faites-vous aider. Le poids du corps réparti sur les deux pieds. Quelqu’un d’autre trace : ainsi, vous ne bougez pas.

  4. Posez des repères, puis mesurez. Posez le pied sur la feuille et marquez au crayon quatre repères autour : devant l’orteil le plus long, derrière le talon (si le talon touche le mur, c’est le bord de la feuille), et de chaque côté de l’avant-pied. Le crayon doit rester bien vertical. Retirez le pied, puis mesurez la longueur (entre les repères avant et arrière) et la largeur (entre les repères latéraux), toujours en ligne droite, jamais en biais.

  5. Mesurez les deux pieds, et retenez le plus grand. Notez vos résultats en millimètres, pas en pointure : c’est ce chiffre qui m’est utile, et il évite les erreurs de conversion.


Fig. 2 : on marque les repères, puis on mesure longueur et largeur

Schéma en deux temps : à gauche, un pied posé avec quatre repères au crayon autour ; à droite, les mêmes repères avec une flèche pour la longueur et une flèche pour la largeur

Cette méthode donne un ordre de grandeur sérieux, pas une mesure de laboratoire. Elle suffit pour une première orientation, pas pour trancher seul(e) entre deux pointures.



✦ Et ensuite, parlons-en !

Je connais le chaussant de chaque modèle que je distribue. Écrivez-moi avec :

  • vos mesures (longueur et largeur, en mm, pour chaque pied),

  • la marque, le modèle et la pointure de vos chaussures actuelles, et si elles vous vont bien, trop serrées ou trop grandes,

  • votre danse et votre rythme de pratique (cours, soirées, festivals),

  • vos points sensibles : pied large ou étroit, cou-de-pied haut, orteils douloureux,

  • le modèle qui vous intéresse, si vous en avez un en tête.

Quelques échanges suffisent généralement à orienter vers le bon choix, avec beaucoup moins de mauvaises surprises à la livraison. Moins, et non aucune : personne n’est infaillible…


✦ Une dernière chose -et pas des moindres-

 Une chaussure de danse doit être plus ajustée qu’une chaussure de ville. Elle doit envelopper le pied sans le comprimer, sans jeu au talon et sans espace sur les côtés. C’est ce maintien précis qui garantit vos appuis et des transferts d’équilibre fluides.   

Si votre premier réflexe est de choisir une demi-pointure au-dessus « pour être à l’aise », résistez ! Vous risquez de vous retrouver avec un modèle qui glisse, fatigue votre pied et s’avérera trop grand une fois le cuir détendu.   

Certes, la mesure au millimètre ne remplacera jamais le plaisir d'un essayage physique avec 2 ou 3 pointures au choix. Mais elle permet une chose essentielle : viser juste dès le départ pour cibler le modèle et la pointure adaptés à votre morphologie, tout en évitant les allers-retours de colis ou les mauvaises surprises sur le parquet.


Et ma cliente du festival ?

En constatant et acceptant que ses pieds avaient changé, nous avons ajusté le choix de la pointure du modèle et elle a pu danser tout le festival confortablement sans douleur.   

Vous hésitez sur votre pointure ? Envoyez-moi vos mesures en millimètres et parlons-en !



Leshop Swing, le style d’une époque, le confort d’aujourd’hui.


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