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ce et ceux que bordeaux perd, le monde le gagne

  • il y a 6 jours
  • 4 min de lecture
Edgar avec ses professeurs Alison Sanlaville et Issiaka Cissokho et d'autres danseurs de Bordeaux Swing lors d'une soirée swing à la Blonde Venus, Bordeaux
 Edgar, Alison et Issiaka entourés d'autres danseurs de Bordeaux Swing, lors d'une soirée à Blonde Venus.

Septembre 2023. Edgar est inscrit à Bordeaux Swing en cours de lindy hop. Professeurs : Alison et Issiaka — tout un programme. Je les ai vus danser à la soirée d'ouverture, en démo, en social, en cours, avec les élèves. J'aime. Ça promet...

À la fin d'un cours de lindy hop d'Edgar, je leur pose la question simplement : est-ce qu'une collaboration avec Leshop Swing vous intéresserait ? Alison et Issiaka disent oui. On prend rendez-vous. Ils viennent chez nous. Je fais des popcorns. Depuis, c'est devenu notre habitude. À chaque fois qu'on se retrouve, je fais des popcorns. Pas grand-chose à expliquer là-dessus — juste ce que ça a été dès le début : sans façons, sans cérémonie, entre gens simples.

Ce qu'on remarque en premier avec Alison et Issiaka, ce n'est pas leur palmarès — même si... C'est leur façon d'être.

Discrets. Accessibles. D'une gentillesse naturelle. Dans la communauté swing bordelaise, ils font partie de ces personnes qu'on croise sans toujours mesurer ce qu'elles apportent, jusqu'au moment où elles ne sont plus là.

Issiaka enseigne le jazz roots, à Edgar depuis un moment. Prendre des cours avec quelqu'un comme lui — qui a gagné, qui sait, mais qui reste entièrement présent pour l'élève en face de lui — est un privilège.  Issiaka, danse comme il respire — avec une aisance qui donne l'impression que la musique l'a reconnu. C'est une danse généreuse, variée, partagée, juste — toujours — et jamais "trop".

Edgar dansant le shim shan avec Alison Sanlaville lors d'une soirée lindy hop à Bordeaux
Edgar et Alison, shim sham, lors d'une soirée Bordeaux Swing

Avec Alison, on se sent capable, en confiance, naturellement. Quand elle danse, quelque chose se passe. Elle s'approprie la piste. Le temps d'un morceau, il n'existe plus rien d'autre. Ce n'est pas seulement de la technique qu'on regarde. C'est quelqu'un qui est exactement à sa place.

Ensemble ils ont enseigné à Bordeaux Swing, et ce qu'ils transmettent ne se résume pas à de la technique. Ils ne sont pas de ceux qui gardent pour eux — ils donnent, ils partagent, ils restent disponibles bien au-delà de ce que leur niveau pourrait exiger d'eux. Ce duo sur la piste c'est solaire, c'est partagé, c'est expressif, c'est complice, c'est vivant, c'est naturel. C 'est beau.

Ce sont les derniers à en parler. Alors on le fait pour eux. Alison et Issiaka ont remporté la Champions Cup 2026 et gagné ou atteint des finales de compétitions. Leur niveau ouvre les portes des festivals internationaux. Leur personnalité, elle, ouvre celles des salles de cours. On ne le saurait pas forcément à les voir s'installer dans mon salon pendant que je fais des popcorns. Ce qui frappe, à les côtoyer, c'est qu'ils existent pleinement en dehors de la piste — curieux, présents, attentifs aux gens et aux choses qui n'ont rien à voir avec le swing. La danse est ce qu'ils font avec excellence. Ce n'est pas, tout ce qu'ils sont.

Alison Sanlaville et Issiaka Cissokho en finale de la Champions Cup 2026, compétition de lindy hop
Alison et Issiaka, à la Savoy Cup en finale de la Champions Cup 2026.

Pour Edgar, leur départ a une dimension particulière. Ils ne sont pas seulement ses profs — ils sont des repères. Issiaka lui a enseigné quelque chose du solo jazz qui ne s'apprend pas dans un manuel ou sur des vidéos mais qui se transmet : une façon d'habiter la musique, d'être dans son corps sans se surveiller, de s'exprimer, de s'assumer. Ce genre de transmission laisse une trace. Il a trouvé en lui un modèle, une référence, un mentor — c'est rare. Et entre eux, il y a des résonances qui dépassent la danse. Des histoires qui se font écho.

La scène swing bordelaise perd deux de ses meilleurs éléments. Pas les plus extravertis — justement pas. Ceux qui font la qualité d'une communauté sans en faire la publicité.

C'est dans ce même esprit — sans façons, entre gens simples — que notre partenariat a commencé.

Depuis 2023, Leshop Swing les accompagne — chaussures et vêtements — chacun ayant choisi un modèle de chaussures de chez Boun'Shoes, sélectionné puis agencé des couleurs, et laissé son prénom s'attacher à cette déclinaison, comme une évidence. Ce partenariat n'a jamais eu besoin de beaucoup de mots pour exister. On se voyait, on essayait, on ajustait. Je faisais des popcorns.


Edgar et Issiaka Cissokho à la Savoy Cup, compétition de lindy hop
Edgar et Issiaka, Savoy Cup, durant les compétitions.

Il y a quelque chose d'un peu ironique à avoir équipé des danseurs pour les voir partir. Mais c'est aussi ce que ça voulait dire depuis le début : les accompagner là où ils allaient, pas les retenir là où on aimait bien les avoir. Il y a dans ce départ la satisfaction, un peu douloureuse, de voir des gens qu'on aime aller exactement là où ils doivent aller.

En septembre, Alison et Issiaka quittent Bordeaux. L'Asie, l'Italie, des festivals en Europe. Des élèves qui les ont déjà pratiqués et qui se réjouissent de les retrouver. Et les autres. Des élèves qui ne les connaissent pas encore, et qui vont découvrir ce que ça fait d'apprendre avec des gens comme eux. C'est ça, ce que le monde gagne.

Pour nous — pour Edgar, pour moi, pour Leshop Swing, — c'est une perte réelle. Le genre qu'on ne compense pas, qu'on accepte. Pour eux, c'est la suite logique de ce qu'ils construisent depuis des années. Et pour leurs futurs élèves, c'est un cadeau qu'ils vont recevoir.


She goes, he goes, it's time to "trilly".

Alison, Issiaka.

On vous gardera des popcorns.


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